LES FOSSES DU CHEMIN DE LA CROIX

         En 1981, en prospectant des pierriers au milieu des buissons qui ont envahi les anciennes parcelles de culture près du chemin de la Croix, l'ASG a découvert une fouille clandestine. L'excavation permettait de voir de nombreux fragments d'amphores, des tessons divers, et, au niveau des pierres du fond, un affleurement d'eau. Cette découverte rapidement signalée aux Antiquités préhistoriques et historiques d'Auvergne (ancien nom du Service Régional d'Archéologie), une fouille de sauvetage fut alors confiée à Daniel Leguet et Denis Tourlonias.

 

Elle allait durer quatre ans, de 1982 à 1985, et aboutir à la mise au jour de plusieurs fosses et d'un abondant mobilier, dont un trésor monétaire.

PLAN GENERAL DES FOUILLES - LEGUET, TOURLONIAS - 1985

LA FOSSE 1

 

La fosse 1 est la plus grande de toutes; elle mesure 11 m de long pour 1,80 m de large et sa profondeur maximale est de 3,25 m.

 

Céramique indigène : écuelles (1, 2), vases ovoïdes décorés (7). 

Céramique fine : vases ovoïdes (3, 6), jattes à carène (5, 4).

Céramique peinte : vase fuselé typiquement gaulois (8).

Campanienne B : pyxis à paroie courbe (forme 3 de Lamboglia), deux bols (forme 1 de Lamboglia).

Amphore : Dressel 1 B.

 

Trois monnaies Arvernes ont été decouvertes, deux en bronze et une en argent : Adcanaunos, potin au long coup, Epomeduos (toutes antérieures à - 52).

1 - Mur moderne

2 - Sol

3 - Comblement moderne

4 - Comblement ancien non perturbé

5 - Substrat basaltique

Monnaie ADCANAUNOS -100/-50

LA FOSSE 2

 

Elle présente la même orientation que la fosse 1, mais ses dimensions sont plus modestes. Elle fait 9 m de long pour 1,60 m de large et sa profondeur varie d'1,60 m à 1,40 m. Le mobilier présente les mêmes caractères que la fosse 1, notamment avec une absence totale de sigillée dans le comblement. Les restes d'amphores sont très nombreux, à signaler plusieurs cols complets dont deux portent une estampille : LVCCIUS (7 à 11). Toutes ces amphores sont du type Dressel 1 B.

 

Céramique d'importation : gobelets ovoïdes (1,2).

Céramique gauloise : bol miracé décoré à la molette (3), fragments de pichets, écuelles fumigées à rebord rentrant (4, 5, 6).

Les poteries grossières sont représentées par de nombreux fragments.

 

1 - Mur moderne

2 - Sol

4 - Comblement

5 - Substrat basaltique

LA FOSSE 3

 

La fosse 3 est un fossé, fouillé sur 13 m environ, qui avait sans doute une fonction de drainage. Large de 80 cm en moyenne, il est creusé dans le cailloutis basaltique, l'argile sous jacente est à peine entamée sur quelques centimètres. Le fond est plat. Le remplissage est très caractéristique. Le matériel archéologique est abondant.

 

Céramique indigène : écuelles à rebord rentrant (1,2),

vases ovoïdes (3,4).

Les dolia sont représentés par deux ou trois fragments.

Imitation de céramique italique : écuelles, deux d'entre elles sont archéologiquement complètes (7),

bols (6).

Parmi les formes hautes, signalons un vase balustre (5), des fragments de vases ovoïdes décorés et des cruches à ansée en pâte blanche.

Les amphores se rattachent toutes au type Dressel 1 B.

La céramique campanienne est présente, dont un rebord, provenant sans doute de la patère 15, le modèle de campanienne B-oïde le plus fréquent sur le site.

 

Les monnaies au nombre de quatre sont particulièrement intéressantes. Trois sont Arvernes, un Adcanaunos et deux EPAD au cavalier, elles appartiennent aux séries antérieures à 52 av.JC.. La quatrième est un petit bronze de Nîmes au sanglier à la légende NAM SAT. La date d'émition de cette pièce se situe dans la première moitié du premier siècle av.JC.

 

LA FOSSE 4

 

De même direction que les trois autres, elle a été dégagée sur une longueur de 2,60 m. Elle atteint 1 m de largeur pour une profondeur sensiblement égale et présente la particularité d'être recoupée par une autre fosse (PL7). Le mobilier archéologique recueilli est assez pauvre.

 

Gros fragments d'amphores à tous les niveaux mais surtout vers le fond (6).

Ecuelles fumigées à rebord rentrant (1 à 3).

Cruche à pâte blanc/beige avec trace de dorure au mica (4).

Un pichet de style courant sur Gergovie présentait un décor à la molette inédit (5).

LA FOSSE 5

 

Cette petite fosse de 3 m de longueur, pour 2 m de largeur, est profonde d'1,10 m. Une partie du matériel a été dispersée sur une surface assez grande. Le remplissage ancien subsiste surtout dans le milieu (PL9, 4). Le mobilier est abondant.

 

La céramique commune non tournée est minoritaire. Les formes hautes sont habituelles, vases ovoïdes, parfois décorés d'incisions obliques. Les formes basses sont plus intéressantes. A côté d'une écuelle à rebord rentrant (1), forme classique du répertoire gaulois, se trouve une marmite, munie de deux languettes de préhension symétriques (3). A noter aussi une coupe couvercle, peinte en rouge sur les deux faces (7).

 

Dans la céramique tournée, se rencontre les types décrits dans les autres fosses : écuelles à bord rentrant (9), bols (9). Deux jattes complètes (2, 4).

Les vases ovoïdes et les vases balustres sont nombreux (8, 5).

 

La céramique importée se limite à des fragments d'amphores Dressel 1 B et des tessons de campanienne B-oïde dont un rebord de bol (forme B1 de Lamboglia).

LES FOSSES 6 ET 7

 

La petite fosse n°7 est très différente des autres. Elle est en partie détruite par la fosse-pierrier n°6 qui est moderne.

 

La fosse 7 a 40 cm de largeur pour 1,70 m de profondeur; sa longueur devait être peu importante. En dehors de quelques fragments d'amphores tout au fond, tous les vestiges archéologiques sont brûlés. De toute évidence le mobilier brûlé découvert en abondance aux alentours, se trouvait dans cette fosse et a été dispersé au moment du creusement de la fosse-pierrer n°6. Le mobilier comporte aussi des morceaux de torchis, certains avec des traces de clayonnage, qui ont subi des températures très fortes.

 

La céramique indigéne est peu abondante, vases ovoïdes, parfois décorés, dont un de grande dimension.

 

La céramique commune tournée forme un ensemble homogène, bien différent des autres fosses : 

Les formes les plus fréquentes sont des gobelets fusiformes décorés d'un semis d'épines (6,7), ou à la molette (3), et des jattes carénées, certaines sans décor (4), d'autres peintes en rouge, et une de grande dimension ornée de décors à la molette (1). Des cruches ansées (8) et une assiette à lèvre en demi champignon (2). Pour le reste , il faut mentionner un petit ovoïde (5), un fond plat d'un vase peint en blanc et une faisselle.

 

La sigillée italique constitue l'essentiel de la céramique importée. Les formes identifiées se rattachent toutes aux périodes archaïque et précoce. Une assiette complète, proche du type 1A d'Oberaden (9) porte un timbre central de C.Sentius Figulis : C.SENTI/FIGU sur deux lignes. Un autre timbre A.TITI/FIGU figure sur le fond d'une coupe. Une petite asssiette (12) est extrêmement rare (Goudineau 8), connue jusque là par un seul fragment à Bolsena en Italie. La coupe (10) et le plat (11) sont également  des modèles précoces.

 

Deux monnaies SEX. F/T POM, de la fosse moderne 6, peuvent provenir du remplissage de la fosse 7. 

 

Trésor monétaire

 

23 monnaies arvernes du type VERCA, soudées par le feu et retrouvées en paquets dans la fosse-pierrier 6 appartiennent sans aucun doute à la fosse 7. Elles ont fait l'objet d'une publication parmi "Les trésors de monnaies antiques dans le Puy de Dôme (F.Malacher et B.Remy, 1990).

 

Ces VERCA présentent un intérêt exceptionnel puisque certains d'entre eux, les mieux conservés, ont été frappés par les mêmes coins de droit et de revers et ne semblent pas avoir circulé, ce qui pose le problème de l'atelier monétaire.

Fosse-pierrier n°6                                                                                   Fosse n°7

Photos de  gauche : Denis Tourlonias devant les fosses au moment de leurs découvertes.

 

Photo de  droite : Daniel Leguet et Denis Tourlonias lors de l'étude stratigraphique.

Photos Denis Tourlonias