FOUILLE 2018

"PORTE SUD"

"PLACE CENTRALE"

"FOSSÉS"

La campagne de fouille 2018 a été marquée par une surprise de taille : la découverte d'un rempart plus ancien sous le mur de fortification lié à la porte sud de Gergovie. 

Campagne de fouille 2018.

© Photos : Audrey Bibouth, Marie Chatel, Xavier Lauer, Eliott Sadourny, F. Surmely, Joël Tillier

Compte tenu des demandes du SRA, le programme de la fouille 2018 a mis l'accent sur le complément des données stratigraphiques déjà acquises dans le cadre des interventions 2013-2017.

Dans la zone du grand dallage, les recherches ont eu pour but de mieux comprendre le tracé et la chronologie relative des deux fossés parcellaires, et de découvrir éventuellement les bâtiments qui pourraient se trouver aux abords des dallages. La réalisation de cinq sondages a ainsi été prévue sur les fossés FO 39 et FO 34 (voir plan). 

Dans le secteur de la porte sud, la campagne de 2018 devait permettre de terminer la fouille du couloir de la porte, et de compléter ainsi le plan du bâtiment de porche. 

La réalisation d'une coupe dans le mur de fortification était prévue pour mieux comprendre l'architecture et la chronologie de cette construction. L'intervention devant le mur de fortification a eu pour but de dégager les couches en place avant la construction de la courtine.

D'autres interventions ont concerné le bâtiment public sur la plateforme dallée (bâtiment 21) à l'arrière de la porte.

Peter JUD

Les objectifs et le déroulement de la campagne 2018

(Rapport 2018, p17)

LA PORTE SUD et ses environs

Les textes et plans sont tirés du rapport de fouille 2018 de Peter JUD

LE BÂTIMENT DE LA PORTE (BAT25) ET LA VOIE VO10

La fouille du passage de la porte a été achevée. La découverte de plusieurs trous de poteau permet de compléter le plan du bâtiment de porche (BAT 25). Les premières traces du bâtiment de porche ont été identifiées en 2015 sous la forme de deux rangées à trois trous de poteau. La disposition des poteaux porteurs en rangées de trois est caractéristique des bâtiments de porche des oppida gauloises (Fichtl 2014, 245 s.). Le diamètre des creusements varie entre 40 et 70 cm. Au nord du sondage de 2013, quatre autres TP* du BAT 25 ont été révélés. Ils forment une ligne plus ou moins droite sur la bordure est de la voie VO 10. Il semble que le plan du bâtiment de porche se compose de quatre lignes à trois poteaux.

Tous les TP identifié en 2018 dans le couloir de la porte comportaient du mobilier laténien, l'attribution à l'occupation laténienne et au BAT 25 semble donc justifiée.

* Trou de poteau (en rouge sur le plan)

La campagne de 2018 a permis de préciser l'emprise de la voie VO 10 dans le couloir de la porte, mais également à l'extérieur (d'une largeur de 6 à 7 m dans le couloir de la porte, elle s'élargit à 8,40 m sur la limite sud de la fouille).

La voie VO 10 est matérialisée par une couche de gravier de basalte, qui se distingue facilement par sa couleur grise du basalte orangeâtre du terrain naturel. Cette couche de gravier bien compacté repose à l'ouest sur la "couche grise" (US 52), et à l'est directement sur le terrain naturel qui remonte dans cette direction.

Au nord du bâtiment 25, la voie a été dégagée sur une largeur de 10,5 m, sans atteindre sa limite à l'est.

La voie VO 10 a subi des dégradations importantes à l'époque augustéenne, notamment par la construction de citernes liées entre eux par des caniveaux. Recouvert après l'abandon de la ville par une mince couche de terre végétale, la voie a également souffert des labours des agriculteurs.

Gergovie, porte sud. Ligne est des TP du bâtiment de porche BAT25. © Xavier Lauer

Gergovie, porte sud. Restitution du plan du bâtiment de porche BAT25. © et DAO Peter Jud

Gergovie, porte sud. Voie VO10 avec reste de dallage au nord du bâtiment de porche BAT25. © Peter Jud

Gergovie, porte sud. TP659 du bâtiment de porche BAT25. © Peter Jud

LA PLATEFORME DU BÂTIMENT 21 À L'ARRIÈRE DE LA PORTE SUD

Plateforme avec restitution du plan du bâtiment BAT21 

© DAO Peter Jud, image Inairtech

La plateforme supportait un bâtiment (BAT 21) dont les angles sont marqués par trois ouvertures dans le dallage, qui représentent sans doute des trous de poteau. Un quatrième TP a été découvert en 2018 (TP690 sur le plan). Le bâtiment défini par les quatre TP forme un rectangle assez régulier de 6,90 m sur 5,30 m. Un cinquième TP à l'intérieur pourrait indiqué la présence d'une cloison.

La plateforme (US 202) dépasse le bâtiment dans tout les sens. L'espace de circulation créé ainsi est large de 1,25 m à 2,70 m. Il est possible que cet espace contournant le bâtiment était recouvert par un avant-toit en saillie. Le plan concentrique qui résulte de la disposition du bâtiment au milieu de la plateforme évoque le plan typique d'un fanum, constitué d'une cella centrale entourée d'une galerie (Fauduet 1993 et 2010). Les dimension du bâtiment BAT 21, avec un portique de 10 x 9 m et une cella de 6,9 x 5,3 m, ne sont pas loin de ceux des deux temples du sanctuaire gallo-romain de Gergovie, avec des portiques larges de 16 m et de 14,30 m, et des cellae carrés larges de 7,30 m et de 7,40 m (Brogan, Desforges 1940, 20-22).

La découverte d'un crochet de simpulum sur le dallage confirme l'hypothèse d'une fonction religieuse du bâtiment (Jud Rapport 2017, 29). Un autre objet attribuable aux instruments pontificaux, le thymiaterion ou autel portatif 2015-150, a été découvert dans la fosse FS 15, à quelques mètres de la plateforme du bâtiment BAT 25 (Jud, rapport 2017, 27). Le bâtiment sur plateforme serait cependant le fanum le plus ancien connu à ce jour.

 

L'hypothèse qu'il s'agit d'un bâtiment public permet d'autres interprétations, par exemple celle d'une petite halle ouverte utilisée pour le commerce.

LE MUR DE FORTIFICATION MR33 ET LE NOUVEAU REMPART PLUS ANCIEN MR61 ET 64

Porte sud - Plan 2016- copyright Peter J

Gergovie, MR33 porte sud. Plan de la porte sud © DAO Peter Jud

Une tranchée de sondage large de 2,50 m traversant le rempart MR 33 et le secteur en arrière de ce mur a été fouillée jusqu'au niveau du terrain naturel. Cette tranchée atteint au nord le sondage de 2013, et se situe juste à l'ouest de la jonction entre le rempart MR 33 et la tour TR 26/27.

Le mur MR 33 correspond à un mur à parements multiples (parement interne et externe + un autre parement interne à l'intérieur du mur). Les murs de fortification en pierre sèche à parements multiples sont biens connus dans le Midi et sur la péninsule ibérique (Moret 1996, 80; Py et al. 2008; Arcelin et Dedet 1985, 17).

 

La fouille de ce sondage se déroulait en plusieurs étapes: Nous avons d'abord démonté la partie sud du mur MR 33, pour dégager ainsi le parement interne à l'intérieur du mur. Ce parement interne est situé à 1,75 m du front sud du MR 33 (parement externe). En deuxième étape, les couches derrière le MR 33 ont été fouillées afin de dégager le parement interne du mur MR 33. La partie nord du mur MR 33 a été démantelée en dernier.

 

Le mobilier découvert dans cette partie du mur MR 33 appartient très vraisemblablement au décennies -40/-30 : une monnaie de type Verca a été découvert tout au fond du remplissage interne du mur MR 33, à une altitude de 710,97 m NGF (US 611). Les deux US concernées (US 611 et 623) comportent également plusieurs fragments de céramique sigillée précoce.

Gergovie, MR33 porte sud. Monnaie gauloise VERCA trouvée dans le mur MR33 © Photo : Marie Chatel

Gergovie, MR33 porte sud. Le mur MR33  constitué de deux murs accolés. 

© Photo : E. Sadourny

Gergovie, MR33 porte sud. Parement interne à l'intérieur du mur en cours de dégagement. Le parement externe est visible à l'avant de la caisse. 

© Photo : Marie Chatel

En dessous des couches décrites dans le paragraphe précédent, une large assise de pierres est apparue (photo). Deux structures peuvent être distinguées :

- le mur MR 61 au nord, large de 0,75 m et composé de larges blocs,

- le mur MR 64 large de 4,5 m environ.

Les blocs du mur MR 61 sont posés sur le terrain naturel. Le mur MR 61 a été dégagé sur une longueur de 4,20 m. La limite sud du deuxième mur MR 64 est marquée par un parement formé de grands blocs oblongs. L'espace derrière ce front est occupé par un blocage très dense. Le parement nord n'est pas aussi facilement identifiable que celui au sud. Il est cependant possible que le mur MR 61 fonctionnait comme parement interne du mur MR 64, ça veut dire qu'il s'agît d'une seule et même structure. 

L'assise de pierres du mur MR 64 s'arrête juste avant la coupe est du sondage. Il est possible que ce fait soit le résultat du démantèlement du mur MR 64 avant la construction du mur MR 33. L'espace vide pourrait aussi correspondre au négatif d'une poutre installé à l'intérieur du mur MR 64. Seule l'extension de la fouille peux livrer des informations supplémentaires permettant de trancher la question.

La largeur du mur MR 64 suggère qu'il s'agit d'un mur de fortification, très vraisemblablement d'une courtine reliant la porte sud au rempart qui suit la bordure du plateau.

Gergovie, MR33 porte sud, sondage. Les murs MR61 ET 64 sous le mur MR33

© Photo : E. Sadourny

Gergovie, MR33 porte sud, sondage. Orientation de la fortification ancienne (lignes bleus et de la reconstruction (lignes rouges)

© Plans et DAO © P. Jud

PLACE CENTRALE 

Plan general des fouilles 2018 P.Jud.png

Gergovie 2018. Plan général 1 : Les vestiges de la porte sud et du secteur central. © Plan et DAO © P. Jud

Les huit ou neuf espaces dallés du secteur central s'inscrivent dans un rectangle de 220 m x 100 m, sur une étendue de 2 ha. La distance maximale entre les différents dallages ne dépasse jamais les 25 m.

 

Les dallages reconnus à ce jour recouvrent à peu près la moitié de la superficie de la zone des fouilles (3800 m2 environ). Il est tout à fait probable que d'autres dallages existent dans ce secteur, en dehors des espaces fouillés à ce jour.

La découverte d'un dallage juste au nord du secteur de la porte sud (DA 65) montre que les aménagement de ce type n'était pas limité au secteur central du plateau.

Les dallages sont tous construits de la même façon, en utilisant des blocs du basalte local dans leur état brut. Les blocs reposent sur une couche de terre qui permet d'égaliser leur épaisseur inégale. Des pierres de calage servent à contrôler la position horizontale des dalles.

La couche en dessous des dallages repose sur le terrain naturel et comporte du mobilier archéologique laténien.

 

Les dimensions importantes des surfaces dallées laisse peu de doutes sur le caractère public de ces aires de circulation. L'état de nos connaissances ne permet cependant pas d'identifier clairement les activités qui ont eu lieu sur les dallages. 

LES GRANDS FOSSÉS

Gergovie 2018. Plan général 3 : Les vestiges du secteur central. 

© Plan et DAO © P. Jud

La fouille de 2018 a montré que le fossé FO 39 orienté est-ouest rejoint le fossé FO 34, et que les deux structures linéaires font partie du même réseau (voir plan). Les coupes réalisées dans les deux fossés suggèrent que des palissades en bois ont été posées sur leur fond très étroit.

Trois autres bouts de fossés nord-sud (FO 59, 60 et 19) ont été identifiés par J.-J. Hatt et M. Labrousse à l'est du FO 34. Malgré l'espace limité des fouilles, on devine que ces trois fossés sont orientés nord-sud et donc parallèles au fossé FO 34.

Il est évident que les fossés font partie de la même trame, et que ce sont des fossés parcellaires organisant l'espace intérieure de la ville fortifiée. Le plan général suggère que le fossé FO 34 traversant les dallages du centre est identique au fossé FO 20 repéré dans le secteur de la porte sud. Nous serions donc en présence d'un fossé traversant au moins la moitié du plateau. , qui aurait été installé avant même la construction de la fortification.

Dans la plupart des cas, les dallages se calent sur les fossés parcellaires. Le dallage DA 58 est le seul qui recouvre un fossé.

La stratigraphie prouve sans aucun doute que le creusement du fossé FO 20 est antérieur à la construction du premier rempart, et qu'il remonte donc au début de l'occupation de ce secteur.

Il est donc justifié de voir les fossés parcellaires au début de l'occupation du secteur central, et de supposer que leur creusement  est contemporain de la première phase défini pour le secteur de la porte sud.

 

La construction des dallages est certainement postérieure à l'aménagement des fossés parcellaires.

Gergovie 2018. Remplissage du fossé FO34 

© Photo E. Sadourny

Gergovie 2018. Fossé FO34 (en haut) et fossé FO39 (en bas)

© Photos E. Sadourny

Gergovie 2018. Phasage des vestiges sur la base des relations stratigraphiques

© Peter JUD

Gergovie 2018, monnaies.png

Sur la campagne 2018, on constate un vieillissement du faciès monétaire marqué par une augmentation des frappes émises durant La Tène D2a et une diminution des monnaies romaines. Si les frappes tardives de La Tène D2b restent majoritaires, le numéraire d’argent et de bronze, voire d’or en circulation au moment de la guerre des Gaules, qu’il soit arverne ou d’autres cités, est bien représenté. On notera par exemple que l’effectif des quinaires EPAD au cavalier découverts sur le site passe de 1 à 4. On observe également une meilleure représentation des autres cités gauloises (6 cette année contre 2 à 4 les années précédentes) avec des types émis durant La Tène D2a.

( Jean-François Pasty - INRAP)

© Photo : P. Jud

LA DATATION ABSOLUE DES PHASES D'OCCUPATION

La datation absolue proposée pour la première phase d'occupation s'appuie sur la datation du mobilier issu de la "couche grise". Les monnaies, la céramique d'importation et la céramique indigène suggèrent qu'elle a été déposée à LT D2a (vers 80/70-50 avant notre ère) (paragraphe 5.2 et Jud 2014, 47). Le mobilier issu du fossé FO 39 du secteur central peut être attribué à la même période.

La première phase se termine avec la construction de la porte sud et de la première fortification. Nous proposons d'identifier la fortification dans son premier état avec l'ouvrage défensif en place au moment de l'attaque romaine en 52 av. n. è.. La datation 'haute" de la première phase d'occupation s'accorde avec la datation du mobilier des anciennes collections (paragraphe 5.1).

Le début de la deuxième phase d'occupation coïncide donc avec la conquête. Le mobilier est caractérisé par l'apparition de nouveau types de monnaies, la disparition progressive de la céramique campanienne et un développement rapide du facies de la céramique indigène.

La troisième phase correspond à la période augustéenne. Elle est marquée par un remaniement de l'occupation, la démolition de la fortification et des constructions sur la voie publique. Nous attribuons à cette phase la seule structure maçonnée découvert dans le secteur de la porte sud.

 

L'abandon du site se passe vers le changement de l'ère ou au cours de la décennie suivante.

La "couche grise" a été enregistrée pour la première fois comme US 52 en 2013. Il s'agit d'une couche d'argile grise d'une épaisseur de 10 à 15 cm reposant directement sur le toit du TN (terrain naturel).

© Plan, P. Jud

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Gergovie. Les fortifications de l'oppidum de Gergovie.png
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